Miss Jekyll & Dr Hide

J’ai récemment reçu un courrier en rapport avec la publication de ma thèse. Un simple accusé de réception, par courrier électronique, écrit par la secrétaire de l’éditeur. La seule chose que ma correspondante sait de moi, c’est que je suis une femme et que je viens de terminer ma thèse.
Du coup, son courrier commence par… “Chère Mademoiselle”.

Selon le dictionnaire, “Mademoiselle” est l’appellation employée pour désigner “une jeune fille ou une femme (présumée) non-mariée”. Donc, dans l’esprit de ma correspondante, une femme qui a fait une thèse est forcément jeune ou, à l’inverse, une vieille fille dans ses bouquins.Je ne suis ni l’une, ni l’autre. J’ai 38 ans, un homme et des enfants, ça va bien merci.

Est-il tellement inconcevable qu’une femme mariée ou plus âgée puisse faire des études ? Le doctorat serait-il inconciliable avec la vie conjugale (et je ne vous parle pas de la maternité) ? Lui viendrait-il seulement à l’idée d’écrire “Cher jeune homme” si j’étais un homme ? Ça n’a l’air de rien, mais le mot “mademoiselle” est tout bêtement condescendant, réducteur et archaïque.

Il est doublement aberrant qu’une femme puisse encore être caractérisée par sa situation matrimoniale et que celle-ci soit considérée comme incompatible avec une thèse.

Story signed by : Ms Jekyll & Dr Hide

The story happened to me as a PhD in the year 2014 at an academic institution in Wallonia

Vive l’adoption… ou à peu près!

Juillet année 0: “Vous allez adopter … c’est merveilleux, quel beau projet de vie et blablablabla”

Juillet année 1: Une grosse conférence internationale est en chantier, j’en suis la cheville ouvrière (cheville étant féminin) et j’annonce mon départ imminent pour aller chercher les enfants… “C’est catastrophique … vous savez que le droit ne prévoit rien pour les congés d’adoption (ce qui à l’époque était assez vrai) … il n’est pas question de jouer les prolongations, cette conférence est trop importante pour l’Université!”

Je suis sortie mortifiée, pire, coupable d’abandonner le navire … Un navire qui à l’époque n’avait que des capitaines (et ça c’est masculin).

Je suis aujourd’hui prof ordinaire (membre du club des 10%) et me bats pour que ce genre de culpabilité perverse ne brise plus les projets et les vies de mes collègues femmes … mais aussi hommes.

Story signed by: Coco

The story happened to me as a PhD in the year 2000 at an academic institution in Wallonia

Sexisme bienveillant à la sauce éthique

Je suis tombée enceinte au moment même où je commençais un contrat de recherche. Les débuts sont difficiles avec un de mes directeurs de recherche, surtout au niveau relationnel. A la fin de ma période d’essai, il me dit que c’est dommage, il aimerait engager quelqu’un d’autre, mais “comme je suis enceinte, il ne peut pas me virer”. Et puis, il disserte sur mes faibles compétences en recherche: je n’avais toujours pas fini le rapport de 100 pages qu’il attendait. J’étais là depuis 2 mois, c’était mon premier contrat de recherche. Pour conclure, il m’a dit que puisque j’étais si incompétente en recherche, il doutait de mes capacités à être mère. Il s’inquiétait pour mon enfant à naître. Normal, pour un professeur d’éthique. Quand je suis rentrée de mon congé de maternité, il attendu un mois pour me virer, comme le délai légal le prescrit. Mais à présent, je suis directrice de recherche.

Story signed by : Cilou

The story happened to me as a PhD student in the year(s) 2005-2009 at an academic institution in Wallonia

Enceinte … évidement vous ne voulez plus être un professeur à temps plein

Je n’étais pas à temps plein comme académique et luttait depuis quelque temps pour que mon temps soit augmenté. Ayant annoncé au Doyen de ma faculté que j’étais enceinte, celui-ci en a profité pour me dire: mais quand tu reviens de ton congé de maternité, tu ne voudras plus être à temps plein alors ?

Story signed by: Severine Dusollier

The story happened to me as a Dr. Prof. in the year(s) 2005-2009 around an academic institution in Wallonia